La roue, l’invention qui transforma l’être humain

La roue, l’invention qui transforma l’être humain

Contemporaine de l’invention de l’écriture, communément admise comme point de départ de l’Histoire et fin de la préhistoire, l’invention de la roue est intimement liée au développement de l’être humain. Au sens strict, c’est une invention qui permit de nombreuses avancées technologiques, dans les domaines du transport, de la création d’objets et de la réalisation de machines. Mais la roue au sens large, et symbolique, fût également un acteur primordial de l’évolution de l’homme au niveau intellectuel et cosmogonique. Il semble que certaines civilisations précolombiennes aient même privilégié cette utilisation de la roue, plutôt qu’un développement technologique de cette dernière, comme observé  en occident.

La naissance technique

L’invention de la roue est datée de 3500 av. J.C., dans le monde sumérien, au sud de la Mésopotamie, entre le Tigre et l’Euphrate. Un pictogramme de cette époque montre clairement un chariot sur roues.  Les plus anciennes roues connues sont des disques pleins, en pierre ou en bois. La roue pleine était utilisée de 2 manières : à la verticale pour transporter des charges en limitant les frottements, et à l’horizontal, comme support tournant permettant par exemple la réalisation des poteries (Tour de potier).

La diffusion de la roue pleine a lieu au IIIe millénaire avant notre ère depuis Sumer jusqu’à la Syrie, l’Indus et le Turkestan (vers 2 500 av J.C.) ; puis vers la Russie méridionale et l’Europe occidentale (vers 2 000 av J.C.).

Plus tard (à partir de 2000 av JC) la roue fût améliorée, creuse avec des rayons pour les transports, et ses utilisations se diversifièrent.

L’essor et la diversification

La roue s’impose alors à travers le monde et se révèle d’une fécondité extraordinaire : elle ouvre la voie au machinisme moderne ; elle permet de capter de nouvelles sources d’énergie ; elle transforme les techniques de production agricole et artisanale.

La poulie est la plus ancienne des machines simples utilisant la roue, et son antiquité est certainement supérieure à sa première représentation figurée, sur un bas-relief assyrien, en 870 avant notre ère. Elle sert d’abord au puisage de l’eau et dans la marine à voile. Puis, l’invention des poulies associées permet le halage et l’élévation des poids très lourds, comme décrit par Héron d’Alexandrie, au 1e siècle ap J.C.

Avant même l’invention du moulin, la roue sert déjà à la mouture des grains. Des meules et des moulins à bras sont ainsi attestés en Mésopotamie à la fin du IIe millénaire. La diffusion de ces objets se fait en direction de l’Égypte et de la Palestine au IVe siècle avant notre ère, vers l’Europe occidentale au Ier siècle av. J.C. (civilisation de La Tène), enfin vers l’Europe du Nord, au cours du IIIe siècle.

La roue joue un rôle d’une extrême importance dans l’émergence de la technique mécanique moderne, parce qu’elle rend possible l’emploi de nouveaux modes de transmission et de démultiplication des forces. Le mot de « machine » vient du terme qui désigne en grec l’outil, mais c’est plutôt l’engrenage, les rouages qui en sont l’essence. L’ingénieur romain Vitruve, au Ier siècle avant notre ère, définit la machine comme « un outil composé (…) agissant artificiellement, par des assemblages de roues ». C’est un fait que la machine doit tout ou presque tout à la roue.

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Horloge d’Anticythere

Le premier instrument à train d?engrenages connu est la célèbre horloge d?Anticythère (Antikythira).

Ce mécanisme complexe, daté du IIe siècle avant notre ère, a obligé les archéologues à réviser leurs conceptions sur le niveau technologique atteint par les Grecs. Il faudra attendre près de 15 siècles, et les premiers mécanismes d?horlogerie de l?Occident médiéval, pour voir apparaître des systèmes d?une pareille complexité.

Parallèlement à l’essor technique de la roue, on l’observe comme symbole, dans de nombreuses mythologies.

La symbolique de la roue

On associe la roue au cercle et surtout à sa division en plusieurs sections. Ces divisions rendent le cercle dynamique. Le zodiaque et les cycles annuels se représentent ainsi sous la forme d’une roue, engendrant l’idée de renouvellement, mais aussi d’inconstance des choses en devenir (La roue tourne toujours). Dès l’antiquité, Anacréon (580-495 av J.C.) parlait ainsi de l’inconstance du destin: « la vie de l’homme roule, instable, comme les rayons d’une roue de char »

La roue symbolise souvent le soleil qui « roule » dans le ciel, comme Chez les grecs, avec le char d’Apollon. Dans nos campagnes, une coutume d’autrefois consistait à faire rouler des roues enflammées lors du solstice d’été.

La circonférence extérieure de la roue est le signe du monde manifesté qui ne cesse de « rouler », c’est à dire de se transformer sans arrêt, tandis que son moyeu immobile est le centre à partir duquel s’est développée la manifestation. (Le Principe)

La roue renvoie dans les cultes asiatiques aux cycles de la renaissance.  Dans le Bouddhisme, la « roue du savoir » libère ainsi de la souffrance. Au centre se trouve le Bouddha qui est entré au Nirvana (« celui qui fait tourner la roue »). Cette roue a par ailleurs huit rayons, correspondant aux huit voies d’accès à la sagesse. On retrouve cette division en huit dans la rose des vents, indiquant les quatre points cardinaux, et les huit vents.

Dans la symbolique chinoise du Tao, la roue est également caractérisée par son centre, le moyeu immobile autour duquel tout l’univers est en mouvement.

fortuna La roue, l?invention qui transforma l?être humain

Fortuna – Déesse de la chance

« Trente rayons convergent au moyeu

Mais c’est le vide médian

Qui fait marcher le char. « 

Lao Tseu, Tao Tö King, chapitre 11

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L’art du moyen âge représentait souvent une « Roue de la vie » qui soulève l’homme vers le haut, avant de le laisser à nouveau retomber, ou une « roue de la chance » qui ne cessait jamais de tourner et illustrait le changement perpétuel de la condition humaine. En outre, nous avons des gravures représentant la déesse Fortuna tenant une roue.

Rosace cathedrale strasbourg 300x300 La roue, l?invention qui transforma l?être humain

Les rosaces de nos cathédrales gothiques reprendront ce symbolisme du mouvement et de la lumière. Elles figurent la perfection du mouvement de la création et de son devenir.

Mais toutes ces civilisations occidentales et asiatiques, qui ont utilisé la roue comme symbole et appui intellectuel et spirituel, ont également développé cette dernière dans son aspect technique. Ce qui apparaît logique.

Ce n’est pas le cas cependant des civilisations précolombiennes.

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Les civilisations précolombiennes et la roue du temps

olm roue 300x244 La roue, l?invention qui transforma l?être humainNous avons longtemps pensé que les civilisations précolombiennes ne connaissaient pas la roue. Et que cette dernière leur avait été apportée par les espagnols. Pourtant, dans les années 40, à Veracruz, au Mexique, des fouilles de sites funéraires apportèrent la preuve du contraire. On mit au jour plusieurs petites figurines d?argile, chacune équipée d?une paire de roues, semblables à certains vestiges sumériens. Les statuettes à roue ont été construites pendant plusieurs siècles. Certaines pouvaient servir de sifflet, d?autres ressemblent à des jouets.

Ces civilisations étaient de formidables bâtisseurs, dont on ignore encore les techniques. Ce qui est sûr, c’est que la roue ne leur était pas inconnue, on la retrouve d’ailleurs dans leur cosmogonie. Les calendriers Mayas et Aztèques notamment se présentent sous la forme de roues imbriquées.

pc calendrier solaire azteque La roue, l?invention qui transforma l?être humain

Calendrier Aztèque

Le Calendrier Aztèque le plus connu, est une pierre en porphyre, de 3m60 de diamètre, qui synthétise le mouvement et le non-mouvement. Datant de l’époque d’Axayacatl (6ème roi Aztèque), elle est sans doute une réplique d’une pierre originale qui se serait perdue dans un lac situé de nos jours à côté du musée d’anthropologie de Mexico. Le calendrier aztèque, également appelé « la Pierre du Soleil », est non seulement un calendrier mais aussi une pierre commémorative d’une date sacrée car, comme les stèles mayas, certaines pierres aztèques rappelaient une fête rituelle célébrée tous les 52 ans, et qui correspondait à un synchronisme des cycles lunaires et solaires. Cette fête annonçait le renouveau de la Vie.

Au total, huit cercles concentriques forment le calendrier aztèque. Le cercle Central, représenté par le visage du Soleil Ollin Tonatiuh et ses deux griffes qui saisissent des c?urs pour se fixer à l’univers, est symbole de vitalité et du « mouvement immobile ». Les autres cercles s’apparentent à différentes planètes, entre autres les cycles lunaires, le huitième étant attaché aux étoiles et à la voie lactée.

Conclusion

Si les civilisations occidentales et asiatiques ont développé de concert les utilisations techniques et symboliques de la roue, les civilisations précolombiennes n’ont semble-t il pas eu besoin de l’aspect « technologique » de cette dernière, en tous cas dans les transports. En revanche, elle leur a été indispensable pour figurer le temps, et construire leur cosmogonie.

Ainsi, la roue développa chez l’homme, non seulement une avancée technique fulgurante, mais elle a accrue sa capacité d’abstraction, devenant un outil indispensable pour se représenter des notions abstraites,  se situer dans le cosmos, et mieux appréhender les lois de la nature.

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